Contrat de prestation informatique : les clauses à vérifier avant de signer
Avant de signer un contrat de prestation informatique, douze clauses méritent une lecture ligne à ligne, de l'objet à la résiliation, en passant par les niveaux de service, la propriété intellectuelle, les données personnelles et la réversibilité. Cet article ne remplace pas la relecture d'un juriste.
Un contrat se lit par ses clauses de sortie
Trois questions avant toute autre : quelle est la date de fin ? quel est le préavis de dénonciation, donc la date limite à laquelle la lettre doit partir ? que se passe-t-il si personne n'écrit ?
Sur ce dernier point, si, à l'expiration d'un contrat à durée déterminée, les parties continuent d'en exécuter les obligations, il y a tacite reconduction, aux mêmes effets qu'un renouvellement (article 1215, version en vigueur depuis le 1er octobre 2016, Légifrance). La clause de renouvellement fixe le reste : durée reconduite, préavis, forme de la dénonciation. Le calendrier est détaillé dans l'article sur la dénonciation d'un contrat informatique à tacite reconduction.
Les douze clauses à vérifier
Une clause absente n'est pas neutre : le droit commun s'applique alors, et il ne règle pas tout.
| Clause | À vérifier avant de signer |
|---|---|
| 1. Objet et périmètre | Prestations incluses et exclues ; ce qui n'est pas écrit est-il facturé en plus ? |
| 2. Livrables et recette | Critères d'acceptation, délai de recette, effet du silence du donneur d'ordre |
| 3. Calendrier | Dates engagées, dépendances de chaque partie, retards imputables à qui |
| 4. Prix et révision | Unité de prix, formule de révision, frais annexes |
| 5. Niveaux de service | Indicateurs, outil de mesure, périodicité, pénalités, plafond, réclamation |
| 6. Propriété intellectuelle | Propriété du code, de la documentation et des paramétrages |
| 7. Données personnelles | Contenu imposé par l'article 28 du RGPD, lieu d'hébergement, sous-traitants ultérieurs |
| 8. Confidentialité et sécurité | Périmètre, durée, mesures de sécurité, délai de notification des incidents |
| 9. Sous-traitance | Autorisation préalable, liste, responsabilité du prestataire principal |
| 10. Durée et renouvellement | Date de fin, tacite reconduction, préavis, forme et date limite de la dénonciation |
| 11. Réversibilité | Durée d'assistance, format de restitution des données, documentation, coût |
| 12. Résiliation et responsabilité | Cas de résiliation, mise en demeure, plafond de responsabilité, exclusions |
Les clauses de niveau de service
Un niveau de service (SLA) n'existe que s'il est mesurable et mesuré : indicateur, mode de calcul, outil de mesure, périodicité des relevés, pénalité par manquement et plafond. Ces pénalités relèvent en général de la clause pénale, régie par l'article 1231-5 du Code civil (version en vigueur depuis le 1er octobre 2016, Légifrance), qui pose quatre règles : le juge ne peut accorder ni plus ni moins que la somme convenue ; il peut toutefois, même d'office, la modérer ou l'augmenter si elle est manifestement excessive ou dérisoire ; il peut la réduire en cas d'exécution partielle ; et, sauf inexécution définitive, la pénalité n'est due qu'après mise en demeure. En pratique, réclamez chaque pénalité par une mise en demeure écrite, relevé à l'appui.
Exemple fictif : un contrat prévoit une disponibilité mensuelle de 99,5 % et une pénalité de 2 % de la redevance mensuelle par dixième de point manquant, plafonnée à 10 %. Un mois à 99,2 % donne trois dixièmes manquants, soit 6 % de la redevance. Les indicateurs usuels sont détaillés dans l'exemple de SLA informatique avec pénalités.
Propriété intellectuelle et données
Ce qui vous appartient à la fin
Pour un développement spécifique, la cession des droits sur le code source, la documentation et les paramétrages doit être écrite et précise, faute de quoi vous n'obtenez, au mieux, qu'un droit d'usage. Pour un progiciel ou un service en ligne, c'est une licence : vérifiez sa durée, son périmètre (utilisateurs, sites, filiales) et le sort des paramétrages et des données à la sortie.
Les données personnelles : un contenu imposé
Dès que le prestataire traite des données personnelles pour votre compte (hébergement, infogérance, support, sauvegarde), il est sous-traitant au sens du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 (RGPD, EUR-Lex). Son article 28, paragraphe 3, exige un contrat (ou un autre acte juridique) qui précise l'objet et la durée du traitement, sa nature et sa finalité, les types de données et les catégories de personnes concernées, et qui engage le sous-traitant à :
- ne traiter les données que sur instruction documentée du responsable, y compris pour les transferts hors Union européenne ;
- garantir la confidentialité des personnes autorisées et prendre les mesures de sécurité de l'article 32 ;
- ne recruter un autre sous-traitant qu'avec l'autorisation écrite préalable, spécifique ou générale, du responsable (paragraphe 2) ;
- aider le responsable à répondre aux demandes des personnes concernées et à respecter ses obligations des articles 32 à 36 ;
- supprimer ou restituer toutes les données à la fin de la prestation, et permettre les audits.
Le paragraphe 9 précise que ce contrat est établi par écrit, y compris sous forme électronique. La CNIL a publié un Guide du sous-traitant (édition septembre 2017) avec un exemple de clauses contractuelles de sous-traitance.
Réversibilité et résiliation
La réversibilité se négocie à la signature
La clause de réversibilité organise la sortie : durée de l'assistance, format et délai de restitution des données, remise de la documentation et des paramétrages, transfert des licences et des accès, coût. Sa trame est décrite dans le modèle de plan de réversibilité informatique.
Résilier : trois voies, une mise en demeure
En cas de manquement du prestataire, l'article 1217 du Code civil (version en vigueur depuis le 1er octobre 2018, Légifrance) ouvre plusieurs sanctions, cumulables lorsqu'elles sont compatibles : refuser d'exécuter ou suspendre sa propre obligation, demander l'exécution forcée, obtenir une réduction du prix, provoquer la résolution du contrat, demander réparation. La résolution résulte soit d'une clause résolutoire, soit, en cas d'inexécution suffisamment grave, d'une notification du créancier ou d'une décision de justice (article 1224, en vigueur depuis le 1er octobre 2016).
La clause résolutoire doit préciser les engagements dont l'inexécution entraînera la résolution ; sauf stipulation contraire, elle suppose une mise en demeure restée infructueuse, qui ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause (article 1225). Sans clause, la résolution par notification se fait aux risques et périls du créancier, après une mise en demeure sauf urgence ; si le débiteur conteste devant le juge, le créancier doit prouver la gravité du manquement (article 1226). La force majeure (article 1218) suspend l'exécution ou résout le contrat de plein droit : vérifiez que la clause n'en élargit pas la définition jusqu'aux pannes ordinaires du prestataire.
La check-list avant signature
- Inscrire les trois dates du contrat (fin, préavis, date limite de dénonciation) dans un registre.
- Vérifier que chaque livrable a un critère d'acceptation et un délai de recette.
- Exiger, pour chaque SLA, l'outil de mesure, la périodicité et la procédure de réclamation.
- Faire préciser par écrit la propriété du code, des paramétrages et de la documentation.
- Passer la clause de données personnelles au crible de l'article 28 du RGPD.
- Obtenir la durée, le contenu et le coût de l'assistance à la réversibilité.
- Lire la clause résolutoire et comparer le plafond de responsabilité au préjudice d'un arrêt de service d'une semaine.
- Faire relire l'ensemble par un juriste, avec vos questions ouvertes.
Questions fréquentes
Existe-t-il un modèle de contrat de prestation informatique prêt à signer ?
Des trames existent, mais aucune ne remplace la négociation clause par clause : périmètre, SLA, propriété intellectuelle et réversibilité dépendent de chaque prestation.
Les conditions générales du prestataire suffisent-elles ?
Pour un service critique, rarement : rédigées par le prestataire, elles peuvent prévoir un plafond de responsabilité bas, une réversibilité minimale et une tacite reconduction. Négociez des conditions particulières : en cas de discordance, elles l'emportent sur les conditions générales (article 1119 du Code civil, en vigueur depuis le 1er octobre 2016, Légifrance).
Que faire si le contrat est déjà signé et incomplet ?
Inscrire ses trois dates dans un registre, tenir les relevés de service même sans clause, et préparer la renégociation de l'échéance suivante avec la liste des clauses manquantes.