Plan de charge d'une équipe informatique : capacité, affectations et surcharge
Une équipe à plus de 100 % est un retard qui n'est pas encore écrit. Le plan de charge d'une équipe informatique n'a pas besoin d'un outil de gestion des temps : deux tables suffisent, la capacité disponible par équipe et par mois, et les affectations par projet. Le reste se calcule, et montre où la surcharge se forme trois mois à l'avance.
Ce que le plan de charge doit répondre
Une seule question : les équipes peuvent-elles absorber les projets du portefeuille dans les mois qui viennent ? Pas à la journée, pas par personne : par équipe et par mois, en équivalents temps plein (ETP). Cette maille est suffisante pour décider de décaler un projet ou de renforcer une équipe, et assez grossière pour être tenue à jour en quelques minutes par mois.
Les deux tables de saisie
La capacité. Une ligne par équipe (infrastructure et cloud, développement, data, support et postes, sécurité, PMO et AMOA, par exemple), une colonne par mois, la valeur en ETP disponibles pour les projets. Six personnes à temps plein font 6 ETP ; si l'équipe passe la moitié de son temps en exploitation, sa capacité projet est de 3 ETP. Les congés d'été et les périodes de clôture se traduisent par une capacité réduite sur ces mois.
Les affectations. Une ligne par couple projet × équipe, douze colonnes de mois, la valeur en ETP affectés. Un projet de migration ERP mobilise par exemple 1,5 ETP de développement et 0,5 ETP d'infrastructure pendant six mois, puis 2 ETP de support au déploiement. Le code projet vient de la liste du portefeuille : pas de nom retapé.
Ce qui se calcule
- ETP affectés par équipe et par mois : somme des affectations (SOMME.SI.ENS sur l'équipe et la colonne du mois).
- Taux de charge : affectés / disponibles. Orange à partir de 90 %, rouge au-delà de 100 % (seuils réglables).
- Surcharge en ETP manquants : affectés moins disponibles, quand le résultat est positif.
- Équipes-mois en surcharge : nombre de couples équipe × mois au-dessus de 100 %. C'est l'indicateur à porter sur la page de comité (orange à partir de 3, rouge à partir de 8).
Exemple de lecture (données fictives)
Dans un jeu de données fictif à six équipes, les taux de charge calculés d'octobre à décembre donnent : Développement 121 %, 124 % puis 108 % ; Sécurité 127 %, 127 % puis 110 % ; Data à 100 % sur les trois mois ; Infrastructure entre 93 et 100 %. Les six premiers mois de l'année étaient entre 17 et 93 %.
| Taux de charge (%) | Sept. | Oct. | Nov. | Déc. |
|---|---|---|---|---|
| Infrastructure et cloud | 86 | 93 | 100 | 86 |
| Développement | 100 | 121 | 124 | 108 |
| Data | 83 | 100 | 100 | 100 |
| Support et postes | 80 | 93 | 93 | 80 |
| Sécurité | 93 | 127 | 127 | 110 |
| PMO et AMOA | 66 | 80 | 89 | 94 |
La lecture est immédiate : deux équipes sont en surcharge nette sur le dernier trimestre, au moment où plusieurs projets convergent vers leur mise en production. C'est le signal pour décaler un projet de priorité P3 ou renforcer l'équipe, avant que le retard n'apparaisse dans le portefeuille. En revue de portefeuille, on regarde cette vue pour les trois mois à venir, pas pour le mois écoulé.
Trois arbitrages que la vue rend possibles
Décaler. Un projet P3 qui mobilise 1 ETP de développement en novembre peut démarrer en janvier : la surcharge de l'équipe tombe de 124 à 100 %, sans coût. C'est l'arbitrage le plus fréquent, et il se décide en comité, pas dans l'équipe. Renforcer. Un renfort externe de 1 ETP pendant trois mois se chiffre et se compare au coût du retard du projet P1 qu'il protège. Réduire. Diminuer le périmètre d'une phase pour tenir la date. Dans les trois cas, la vue ressources donne le chiffre qui manque habituellement à la discussion : combien d'ETP, sur quels mois.
Pourquoi cette maille et pas une autre
Un plan de charge à la journée et par personne demande un outil de gestion des temps, une saisie quotidienne et une maintenance que peu de DSI tiennent. Il est aussi faux très vite : les affectations réelles changent chaque semaine. La maille équipe × mois, en ETP, est stable, se discute en comité et suffit à la décision qui compte : y a-t-il assez de monde pour tenir le plan ? L'ordonnancement fin reste aux responsables d'équipe.
Les erreurs classiques
- Ignorer la vue ressources parce que « les chiffres ne sont pas précis ». Une surcharge de 25 % se voit même avec des affectations approximatives.
- Compter 100 % de la capacité comme disponible pour les projets. L'exploitation, le support, les congés et les imprévus consomment une part qu'il faut déduire une fois pour toutes.
- Oublier les affectations des prestataires. Ils font partie de la capacité (s'ils sont en régie) ou des affectations (si un projet les mobilise), mais pas des deux.
- Laisser une équipe à 120 % trois mois de suite sans décision. Soit le plan est faux, soit le retard est déjà là.
Le rituel
La capacité se saisit une fois par trimestre et s'ajuste aux arrivées, départs et congés. Les affectations se mettent à jour en revue mensuelle de portefeuille, en même temps que les dates des projets. Le reste est calculé. Le classeur ne remplace pas l'arbitrage ; il le rend visible assez tôt pour qu'il ait lieu.
Questions fréquentes
- Faut-il saisir la charge par personne ?
- Non pour le pilotage de portefeuille. Par équipe et par mois suffit. Le détail par personne relève du responsable d'équipe et de son outil de planning.
- Comment traiter une personne partagée entre deux équipes ?
- La compter dans la capacité de chaque équipe au prorata (0,5 ETP et 0,5 ETP). La règle importe moins que sa constance.
- Quel lien avec le portefeuille ?
- Les codes projets et les dates viennent du portefeuille ; les affectations suivent les phases. Une équipe en surcharge calculée sur un projet rouge confirme le diagnostic ; sur un projet vert, elle l'anticipe.
Pratiques courantes de pilotage, illustrées par des données fictives. Leur application comptable ou contractuelle relève de votre direction financière.